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Installation 2014 - Resonance 6, « A » comme un commencement


Résonance 6

Écriture
Le travail de Daniela en céramique est intimement lié à l’écriture, et cela depuis une trentaine d’années. Sur nombre de pièces, on a pu voir des signes et des lettres provenant d’écritures de toutes les époques et de toutes les provenances. Support pour ces signes jusqu’en 2008, ses œuvres ont évolué ensuite, et l’ont conduite à repenser la relation entre matière et forme selon un processus dynamique.
La mise en œuvre de cette nouvelle relation implique que la pièce ne soit plus support de signes mais devienne elle-même signe. C’est en prenant la question de l’écrit, en quelque sorte au pied de la lettre, qu’il est devenu possible de faire résonner le mythe et la légende au-delà d’elle.

« A » comme un commencement
Au lieu d’opter pour une déclinaison programmée de la taille d’un module ou de sa transformation, cette série propose des pièces d’une seule et même forme, et toutes de même taille. Pouvant être présentée de diverses manières, ce n’est que mise debout que chaque pièce apparaît pour ce qu’elle est : un A. Posée dans son sens habituel, la pièce se transforme en sculpture alors que posée sur l’une ou l’autre de ses faces, ce qu’elle perd en signification « littérale », elle le regagne aussitôt par un dépassement de sa lisibilité comme lettre dans l’espace au profit de la multiplication sur sa face externe d’un signe que l’on identifie très vite à cette même lettre A. Devenu motif « décoratif », ce « A » tracé à la main dans des positions différentes apparaît, par sa répétition même, moins comme un motif que comme la véritable manifestation du principe de tout engendrement par répétition.


Le motif, cette lettre A, est suffisamment plastique pour offrir, par son inscription aléatoire sur la surface du bord externe du A sculptural, une approche à la fois mentale et esthétique de l’engendrement de tous les textes, récits, mythes et légendes. Ce travail, en ce sens, est proche d’une lecture « borgésienne » de l’engendrement des textes à partir de la lettre. Il pourra aussi évoquer, pour les lecteurs de la bande dessinée Philémon (de Frédéric Othon Théodore Aristidès, dit Fred), le A des lettres qui peuplent l’océan qui existe sur l’envers du monde.


La lettre A mesure environ 68 cm de hauteur sur 68 cm de largeur et a une profondeur d’environ 22 cm. Une face est engobée d'un noir bleuté et couverte de l’inscription répétée sur toute la surface, de la lettre A. L’autre face reçoit le même traitement, mais en blanc sur la porcelaine papier. De petits traits d’union en rouge conduisent le regard d’une face à l’autre, créant ainsi un effet de « transparence ». Cette installation est composée au minimum de 3 et au maximum de 5 pièces. Le A est bien sûr couché, la finesse de la porcelaine ne permettant pas de la dresser avant la cuisson. La forme est, bien sûr, légèrement modifiée de pièce en pièce.


Ici, la répétition se situant au plus près du commencement, c’est en quelque sorte le cœur de la matrice qu’elle rend visible autant que lisible. Le A s’amplifie de toutes les significations que porte en lui le terme de commencement et s’installe dans le visible à la fois comme œuvre minuscule et comme monument. Ce que touche en nous Résonance 6, c’est le mouvement même de palpitation qui anime notre cœur autant que les gestes qui président à toute création. Aucun dieu, nulle part, mais la promesse contenue dans la puissance initiale d’un geste, voilà ce que portent à notre regard les pièces composant Résonance 6.

Jean Louis POITEVIN, 2014

 

 
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