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Installation 2015 - Resonance 7, De bouche à bouche - Exposition personnelle à l'Ancienne poterie de Gradignan, 2015 -


Résonance 7

Rouges lèvres
Des bouches rouges et encore des bouches rouges, comme s’il en pleuvait, comme si, par un effet imprévu d’écho, une bouche s’était multipliée et était venue déposer ses clones, pétales sur la terre noire du temps. Tel un losange presque, chacune de ces bouches évoque un signe abstrait en même temps qu’elle constitue un appel à mettre en marche la mécanique du désir. Si chacune de ces bouches sort du même moule, elles sont pourtant toutes singulières, toutes légèrement différentes, et donc toutes uniques. D’un geste, Daniela intervient, ici pour étirer, là pour moduler, faisant naître ici un sourire, là un rictus. Regarder cet ensemble de bouches c’est plonger dans un océan de contrainte et de doute mélangés. Choisir ? Mais comment ? Selon quels critères ? Il semble qu’il soit préférable de les prendre toutes ensemble !


Chacune de ces paires de lèvres forme finalement un sourire de 9 cm de large et de 4 ou 5 cm de haut. Ces lèvres, première série « figurative », confèrent à cette Résonance 7 une dimension ironique et pop. Une fois étalées au sol, ces bouches rouges donnent l’impression qu’une toile de Warhol aurait cédé sous la pression du désir et que les bouches peintes seraient, soudain, devenues réelles.


Dans ce jeu de multiplication d’une forme unique, mais affectée d’un pouvoir magique de réplication susceptible d’engendrer des doubles d’elle-même à l’infini, Daniela s’est d’abord arrêtée à 158. L’enjeu était d’abord de dire le corps, de faire parler le corps en exhibant ces bouches. Avec ces 158 bouches aux lèvres rouges, elle dispose de quoi faire un carré de 90 cm par 90 cm. Puis, elle est passée à 200. L’enjeu est de pouvoir réaliser avec ces pièces de Résonance 7 des installations à géométrie variable. Par exemple un carré, avec au centre d’une installation, une densité maximale de sourires, d’où s’échappent des variations de tons allant du rouge au rose, faisant de ces lèvres des larmes de sang et des brûlures de soleil à la fois.


Dans une autre version, posées au sol en cercle, elles sont liées à une installation sonore. Ces bouches apparemment closes ici chuchotent. En tendant l’oreille, on perçoit, peu à peu, que ces murmures et ces chuchotements se font dans plusieurs langues. Dans une telle perspective, les bouches, installées de manière assez espacée, aspirent les spectateurs dans leurs élucubrations indistinctes. Si le lieu où sont les bouches est interdit, les spectateurs ne pouvant les approcher doivent alors regarder et tendre l’oreille. L’œil et la voix nous embarquent dans un voyage immobile
Quelle que soit l’installation, il faut constater que, toutes légèrement entrouvertes, ces bouches respirent ou sifflent, soufflent ou aspirent, laissant entendre à qui le peut un chant doux et sensuel. À tant les regarder, à tant les désirer, on accède à ce qu’elles ne disent pas mais suggèrent, que présentées de mille manières différentes, éloignées ou rapprochées, une à une ou rassemblées, en groupe ou isolées et pourquoi pas sur des plats en argent, elles sont les porte-voix du désir et du plaisir.


Ce qui alors devient patent, c’est que la bouche constitue, pour tous les hommes sans doute la première manifestation de la forme fétiche, sa première incarnation. C’est à un face-à-face, ou plutôt à un bouche-à-bouche salvateur, que nous invite ici Daniela, moment unique où la vie ne tenant qu’à un souffle peut renaître à elle-même et aux promesses indéfinies que les lèvres, rouge vie, pourront à nouveau lancer vers les choses, les êtres et le ciel.

Jean Louis POITEVIN, 2015

 

 
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